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La France accumule les plans industriels sans jamais en achever un. Le diagnostic est posé depuis des années, mais l’instabilité politique continue de court-circuiter chaque stratégie de long terme.
La question n’est plus de savoir si la France veut se réindustrialiser. Elle l’a dit, redit, inscrit dans des lois et des feuilles de route successives. La vraie difficulté est ailleurs : le pays change de doctrine à chaque alternance, laissant les industriels dans l’impossibilité de planifier sur dix ou vingt ans, horizon minimal pour décider d’un investissement lourd.
Un cap industriel que chaque gouvernement redessine
Le reproche revient systématiquement dans les milieux patronaux et dans les rapports parlementaires : la France souffre moins d’un manque d’ambition que d’un défaut de continuité. Un quinquennat mise sur la chimie verte, le suivant sur la souveraineté numérique, le troisième repart sur la décarbonation de l’acier. Les entreprises, elles, investissent sur des cycles qui dépassent largement la durée de vie d’un gouvernement.
L’enjeu est structurel. Construire une usine, former une main-d’œuvre, ancrer une filière dans un territoire : ces décisions supposent une visibilité réglementaire et fiscale que l’instabilité parlementaire française rend difficile à garantir.
Les promesses se heurtent à la réalité des carnets de commandes
Les signaux ne manquent pas. Des réimplantations ont eu lieu, des annonces d’investissements étrangers ont ponctué l’agenda économique ces dernières années. Mais la part de l’industrie manufacturière dans le PIB français reste structurellement faible comparée à l’Allemagne ou à l’Italie, deux pays qui ont aussi connu des crises politiques profondes sans pour autant abandonner leurs stratégies industrielles de fond.
Le débat dépasse le seul niveau des aides publiques ou des allègements de charges. Il touche à la capacité de l’État à incarner un partenaire fiable sur la durée, capable d’absorber les aléas électoraux sans remettre en cause chaque fois les priorités sectorielles.
Choisir une identité industrielle et s’y tenir
La formule circule dans les cercles industriels : la France doit décider quel type de société industrielle elle veut être, et ne plus changer de cap à chaque alternance politique. Elle résume une attente qui dépasse les clivages partisans. Qu’il s’agisse du nucléaire, de la défense, de l’hydrogène ou des batteries, chaque filière stratégique a besoin de règles du jeu stables sur au moins une génération industrielle.
Cette stabilité ne se décrète pas par une loi de plus. Elle suppose un consensus minimal entre forces politiques sur deux ou trois grandes orientations productives, un accord tacite pour ne pas défaire ce que le gouvernement précédent a mis en place, au moins quand les résultats pointent dans la bonne direction.
Sans ce plancher de continuité, les annonces resteront des annonces, et les usines que la France ambitionne de voir sortir de terre resteront des maquettes dans des dossiers de présentation.
