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L’économiste Éric Heyer remet en perspective l’ambition de réindustrialisation affichée par Emmanuel Macron : la baisse de la part de l’industrie dans un pays développé serait, selon lui, un mécanisme structurel et non un échec politique.
La France doit-elle vraiment se battre pour faire remonter la part de l’industrie dans son économie ? Pour Éric Heyer, économiste à l’OFCE, la réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît. “Dans un pays riche, il est normal que la part de l’industrie baisse”, résume-t-il, dans des propos rapportés par La Dépêche.
Un phénomène structurel, pas une anomalie française
Le raisonnement tient à la dynamique propre des économies avancées. Quand le niveau de vie progresse, les ménages consacrent une part croissante de leurs revenus aux services, au détriment des biens manufacturés. La désindustrialisation relative qui s’ensuit n’est donc pas le signe d’une économie qui se dégrade, mais d’une économie qui se transforme.
Ce cadre tempère sensiblement le discours officiel. Emmanuel Macron a fait de la réindustrialisation l’un des axes de sa politique économique, cherchant à inverser des décennies de recul du secteur manufacturier français.
Ce que Macron veut réellement inverser
L’enjeu n’est pas tant de faire croître la part relative de l’industrie que d’enrayer les pertes d’emplois, de compétences et de capacités productives qui accompagnent ce recul. La souveraineté industrielle, notamment sur les filières stratégiques, reste un argument distinct du seul poids statistique du secteur dans le PIB.
Éric Heyer ne conteste pas l’intérêt de préserver certaines capacités industrielles. Mais il met en garde contre une lecture purement défensive du phénomène, qui conduirait à des politiques coûteuses pour restaurer une structure économique que la richesse même du pays tend à modifier.
Un débat qui dépasse la France
Tous les pays à hauts revenus traversent cette évolution. Les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni ont tous vu la part de leur industrie reculer sur longue période. Ce qui distingue les trajectoires, c’est moins la tendance que la vitesse du recul et la capacité à monter en gamme sur les segments à forte valeur ajoutée.
Le vrai curseur, pour Heyer, serait là : non pas le volume brut de l’industrie, mais la qualité et la sophistication de ce qui reste produit sur le territoire français.
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