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Réindustrialisation : Macron mise sur 150 projets, mais la production stagne selon l’OFCE

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Emmanuel Macron multiplie les annonces sur la réindustrialisation, mais Éric Heyer, directeur du département Analyse et prévision à l’OFCE, distingue deux bilans très différents selon le critère retenu : l’emploi ou la production réelle.

Le président de la République était en déplacement en Ariège lorsqu’il a posé la première pierre d’Occitanie Géotex, une nouvelle usine de géotextiles fabriqués à partir de fibres de chanvre et de laine locales. Le même jour, la société Fibre Excellence, propriétaire des deux dernières usines françaises de pâte à papier, dont l’une à Saint-Gaudens en Haute-Garonne, était placée en redressement judiciaire. Une image qui résume bien la tension permanente du dossier.

Quelques jours plus tôt, à Échassières dans l’Allier, Macron avait présenté son plan le plus ambitieux à ce stade : 150 projets industriels qualifiés de “cathédrales de l’indépendance industrielle”, répartis dans 63 départements, avec à la clé 71 milliards d’euros d’investissements et plus de 32 000 emplois annoncés. Parmi eux figurent Aura Aéro et Siat, deux projets occitans. La méthode revendiquée s’inspire de la reconstruction de Notre-Dame de Paris : simplification et accélération des procédures administratives.

Un bilan à deux vitesses selon l’OFCE

Pour Éric Heyer, le bilan de la réindustrialisation dépend entièrement du prisme utilisé. “Si l’on regarde l’emploi, les performances sont bonnes. Mais si l’on regarde la valeur ajoutée, c’est-à-dire ce que l’on produit vraiment, le constat est médiocre”, tranche l’économiste. Depuis l’arrivée de Macron à l’Élysée, la production industrielle est restée “relativement stable” : pas de croissance réelle.[1]

L’exemple d’Airbus illustre le propos. La valeur ajoutée française de l’avionneur se limite à l’assemblage : les ailes et les composants sont importés, puis montés sur le sol français. Ce que la France crée réellement, c’est le prix de l’avion moins la facture des importations nécessaires à sa construction. Si ce solde ne progresse pas, il n’y a pas de réindustrialisation au sens économique du terme.

Les données structurelles confirment ce diagnostic. La part de l’industrie manufacturière dans le PIB français est tombée de 15 % en 2000 à 9 % en 2022, alors qu’elle représente en moyenne 15 % du PIB dans la zone euro et 18 % en Allemagne. L’ambition gouvernementale de remonter cette part à 15 % laisse une partie des experts sceptiques.[4]

600 000 recrutements visés dès 2026

Le gouvernement a présenté le 20 avril sa feuille de route nationale pour l’attractivité et l’emploi dans l’industrie. Déployée sur trois ans, elle vise 600 000 recrutements durables dans le secteur dès 2026, en s’appuyant notamment sur les nombreux postes non pourvus.[2]

Le baromètre industriel de l’État 2024 avait mesuré pour la première fois un ralentissement de la dynamique, après les tendances positives de 2022 et 2023. Ce ralentissement s’est confirmé au premier semestre 2025.

Heyer pose la question de fond : dans une économie développée, la désindustrialisation relative est-elle un problème en soi ? “Dans un pays riche, il est normal que la part de l’industrie baisse”, dit-il, rappelant que les services créent structurellement plus d’emplois que l’industrie.

La souveraineté, argument central mais insuffisant

La pandémie de Covid en 2020 a remis la souveraineté industrielle au premier plan, en révélant la dépendance française sur des produits jugés stratégiques. C’est sur ce terrain que Macron a construit sa rhétorique depuis, avec le plan France Relance de 100 milliards d’euros, puis France 2030.[4]

La France a effectivement regagné des usines depuis le lancement de ces plans. Mais l’indice de production manufacturière restait, selon Les Echos, à peine supérieur à son niveau de 2016-2017. Créer des emplois dans des filières à faible valeur ajoutée ou assembler des composants importés ne suffit pas à reconstituer une base industrielle productive. C’est le nœud que les 150 projets stratégiques devront démêler.

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