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La part de l’industrie dans le PIB français a repassé la barre des 10 %, mais le solde d’ouvertures et de fermetures d’usines est redevenu négatif pour la première fois depuis 2016.
Le paradoxe est brutal. L’industrie affiche une part du PIB en légère remontée, signe que la politique de réindustrialisation engagée à partir de 2017 a produit quelques effets. Pourtant, sur le terrain, les sites ferment plus vite qu’ils n’ouvrent. Les deux indicateurs coexistent, et leur contradiction résume à elle seule l’état réel de l’appareil productif français.
La décennie de désindustrialisation avait été spectaculaire. En 1950, l’industrie représentait un quart du PIB. Elle était tombée à 17 % en 2000, puis à 12 % en 2025. La barre des 10 % était devenue le symbole du décrochage. La repasser à la hausse constitue un signal, mais les fermetures en cours menacent d’en effacer rapidement la portée.
Un solde négatif pour la première fois depuis 2016
Les chiffres du cabinet Trendeo sont nets. Au premier semestre, la France a enregistré 60 ouvertures d’usines pour 83 fermetures, soit un solde net de 23 fermetures. Le second semestre 2024 était déjà dans le rouge : 35 fermetures nettes. Depuis 2016, le pays avait réussi à maintenir un bilan positif, avec davantage de créations que de suppressions de sites. Cette séquence est désormais interrompue.[2]
| Année | Part du PIB |
|---|---|
| 1950 | ~25 % |
| 2000 | 17 % |
| 2025 | 12 % |
Source : Le Dauphiné Libéré
Les noms s’accumulent. Michelin a fermé ses usines de Cholet et de Vannes, laissant plus de 1 200 personnes sans emploi. Vencorex a mis 350 de ses 400 salariés au chômage en avril 2025. L’équipementier automobile Sogefi a fermé son site de Douai, supprimant 130 postes. À Faulquemont en Moselle, le site d’Allgaier et ses 172 emplois sont sous menace.[1]
Ces fermetures ne sont pas des accidents industriels isolés. Elles s’inscrivent dans une séquence de crises successives depuis 2020, auxquelles s’ajoute désormais la déstabilisation liée à la guerre au Moyen-Orient et ses effets sur les prix de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement.
Bpifrance tire la sonnette d’alarme
Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, premier opérateur financier de la filière, ne mâche pas ses mots. Les fruits de la lutte contre la désindustrialisation « sont aujourd’hui sur un plateau, mais il faut poursuivre les efforts, les multiplier même. Si on n’aide pas nos usines et les grands groupes qui les détiennent à rester dans la course en étant compétitif dans ce nouveau monde où les règles du jeu changent tout le temps, l’industrie française prendra à nouveau le grand toboggan de la défaite. »
L’industrie représente encore près de 12 % du PIB français et 13 % des quelque 21 millions de salariés du privé. Ce poids reste significatif, mais il s’érode depuis des décennies, et les signaux des quinze derniers mois pointent vers une accélération de cette érosion plutôt que vers sa correction.
Le baromètre industriel de l’État indique que le nombre d’usines continue d’augmenter en France en 2025 malgré un contexte international difficile, ce qui tempère partiellement le tableau dressé par Trendeo. Mais la divergence entre les deux mesures traduit aussi une réalité structurelle : les nouvelles unités ouvertes sont souvent plus petites et moins intensives en emplois que les sites qui ferment.[3]
Pourquoi le rebond industriel français reste fragile
Le spectre de la récession pèse sur la trajectoire industrielle
L’environnement macroéconomique complique l’équation. En mai 2026, l’indice PMI Flash a enregistré son plus fort recul depuis cinq ans et demi. Pour l’économiste Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, l’issue dépendra largement de la situation dans le détroit d’Ormuz : « Si le détroit d’Ormuz est bloqué et que le baril monte à 150 ou 180 dollars, là il y aura une récession. » Il ajoute que le scénario de récession « ne peut pas être écarté », tout en précisant qu’il n’est « pas certain à ce stade ».[4]
Pour l’industrie manufacturière, une récession serait un choc supplémentaire sur des marges déjà comprimées par la hausse des coûts énergétiques et la concurrence des productions asiatiques et américaines. Renault a déjà annoncé un plan de départs volontaires portant sur 800 ingénieurs en France d’ici fin 2027, après avoir confirmé une réduction de 15 à 20 % de ses effectifs d’ingénierie à l’échelle mondiale.
La question posée par ces chiffres n’est pas celle du retour ou non de l’industrie française : la filière existe, elle produit, elle emploie. La question est de savoir si les gains obtenus depuis 2017 résisteront à la conjonction d’une conjoncture dégradée, de coûts de production élevés et d’une demande mondiale incertaine. Le solde négatif d’usines sur douze mois consécutifs donne une première réponse.
Réindustrialisation française : les chiffres clés 2025-2026
- 83 usines ont fermé en France au 1er semestre 2026, pour seulement 60 ouvertures.
- La part de l'industrie dans le PIB français est tombée à 12 % en 2025, contre 25 % en 1950.
- Michelin a supprimé plus de 1 200 emplois en fermant ses sites de Cholet et Vannes.
- Vencorex a mis 350 salariés au chômage en avril 2025 sur les 400 que comptait le site.
- L'indice PMI Flash a enregistré en mai 2026 son plus fort recul depuis cinq ans et demi.
- Renault prévoit le départ volontaire de 800 ingénieurs en France d'ici fin 2027.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
- PIB français à -0,1% au premier trimestre 2026 : l’économie perd pied sur fond d’inflation - juillet 3, 2026
- Freelander électrique : Chery et Jaguar Land Rover ressuscitent la marque après dix ans d’absence - juillet 3, 2026
- L’industrie française repasse 10 % du PIB, mais les fermetures d’usines reprennent - juillet 3, 2026
