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Interprétation des rêves

La Terre, notre planète, reçoit chaleur et vie d’une seule étoile: le Soleil. Alors que la moitié environ des autres étoiles sont engagées dans des couples ou des groupes plus nombreux, la nôtre n’a de compagnes que ses planètes. C’est à cette circonstance particulière que nous devons de passer la moitié de notre vie dans les ténèbres et, avec nous, tous les autres êtres vivants terrestres.

Il est probable que les étoiles multiples ont, elles aussi, des planètes, comme le Soleil. Mais s’il en est ainsi, ces planètes ne connaissent pas l’éternelle alternance du jour et de la nuit. Pour elles, quand un Soleil se couche, un autre peut se lever. Le temps n’y est plus découpé en années, les années en saisons, les saisons en jours, ni sans doute, si la vie y existe, les jours en périodes de veille et de sommeil. A l’origine de notre plongée quotidienne dans le royaume du sommeil et des songes, il y a donc une particularité astronomique propre à la région de l’espace que nous habitons.

Les mécanismes fondamentaux de notre vie mentale ne seraient pas ce qu’ils sont si, comme notre plus proche voisine, Alpha du Centaure, par exemple, notre Soleil tournoyait dans l’espace avec deux compagnons autour d’un centre de gravité commun.

LA SCIENCE DES RÊVES A DES MILLIERS D’ANNEES

Au moment où j’écris ces lignes, il est quinze heures, la Terre tourne et l’aube est en train de blanchir sur les îles de la Sonde, la Chine et la Sibérie. Tout au long d’une bande approximativement méridienne, notre planète s’éveille une fois de plus et les fantasmes des rêves matinaux, une fois de plus, eux aussi, se dissipent. Plus à l’est, c’est la nuit, notre face obscure où dorment un milliard d’êtres humains. Deux à trois cents millions d’entre eux rêvent. Chaque seconde, nombreux sont ceux qui meurent, ayant passé le tiers de leur existence à dormir et le quart de leur sommeil à rêver.

Des trente-cinq années que j’ai vécu jusqu’ici, j’en ai dormi douze et j’en ai rêvé près de quatre. Quatre : plus qu’il ne m’en a fallu pour Le mystère des rêves prendre conscience de moi lors de mon entrée dans ce monde. Sur les îles de la Sonde, en Chine, en Sibérie, les bêtes, elles aussi, s’éveillent, celles du moins qui vivent le jour après avoir comme nous dormi et comme nous rêvé.

Le chien et le loup assoupis aboient doucement et ébauchent une course maladroite avec leurs pattes allongées. Le chat hérisse son poil et découvre ses dents sans ouvrir les yeux. Tous ces êtres, dans les forêts, dans les savanes, dans les élevages et les basses-cours, obéissent docilement au lent mouvement du sol qui les porte et qui les a faits ce qu’ils sont. Nuit après jour, ils s’endorment, sombrent dans l’in-conscience, rêvent et s’éveillent. Mais qu’est-ce exactement que le sommeil? Image de la mort et de l’absence, prise en charge de notre fatigue diurne par des mécanismes réparateurs, nous croyons le connaître parce que nous le vivons comme nous vivons l’état de veille.

Et cependant, quoi de plus incompréhensible que l’abolition et la renaissance quotidienne de notre pensée consciente? Nous sommes si loin de le comprendre que, nous le verrons, certains hommes le contestent: ils disent connaître dans le sommeil profond une incommunicable culmination de la conscience, très supérieure, infiniment supérieure même, à les en croire, à la conscience vigile. Quant au rêve, les spéculations à son sujet sont • aussi vieilles que l’homme. Ce n’est que tout récemment que la science du rêve a accédé au stade objectif, vers les années 1950. Jusqu’à cette date, les hommes n’ont pu connaître de leurs rêves que le souvenir qu’ils en gardaient à l’état de veille.

Le plus ancien est aussi le plus saisissant. Au chapitre 12 des Nombres, verset 6, c’est Yahweh lui-même, le Dieu du Sinaï et de la Nuée lumineuse, qui dit: « S’il y a parmi vous un prophète de Yahweh, je me révèle à lui en vision et je lui parle en songe. » Cette affirmation divine date de Moise, c’est-à-dire probablement du mir siècle avant l’ère. Deux mille ans plus tôt, un cylindre contemporain de la troisième dynastie d’Ur, en Mésopotamie, donc datant du lm millénaire, rapporte le songe assez mystérieux d’un personnage décrivant ainsi le rite inaugural de la construction d’un temple:

Devant moi, dit-il, était un couffin pur. Un moule à briques pur était prêt à servir, la brique prédestinée était placée dans le moule pour moi. Devant moi se trouvait une auge auprès de laquelle un homme-oiseau faisait du mortier et versait de l’eau pure… On trouve également des songes dans l’Épopée de Gilgamesh. Et nous aurons plus loin l’occasion de parler de l’aspect onirique d’un texte comme le Livre des morts tibétain. chose d’essentiel disparaisse au moment du réveil à cause même du réveil, ce quelque chose était et, dans une large mesure, demeurait caché et inaccessible à l’investigation. C’est là une remarque que les chercheurs ont toujours eu tendance à ignorer, tant le souvenir du rêve ressemble à n’importe quel souvenir.

Une vieille fable orientale, aussi brève que profonde, pose pourtant fort clairement le problème: « Lao Tseu, dit-elle, rêve qu’il est papillon, puis s’éveille, et en s’éveillant se demande s’il fut Lao Tseu rêvant qu’il était papillon, ou elle est maintenant un papillon rêvant qu’il est Lao Tseu.»

DEUX MONDES DIFFÉRENTS

Question apparemment destinée à demeurer sans réponse tant que l’homme restera ce qu’il est pour l’instant: un être pensant, certes, mais dont la pensée souffre de ne pouvoir à la fois veiller et dormir. Je sais bien qu’une pensée supposée veiller et dormir à la fois nous semble quelque chose d’absurde.

Mais si l’homme était apparu sur une planète où le temps ne fût pas partagé entre le jour et la nuit, les divers états de pensée que nous connaissons état vigile, rêve, sommeil profond ne se seraient-ils pas intégrés dans la trame de sa vie autrement que par ordre successif ?

En tournant sur elle-même en vingt-quatre heures, notre planète natale n’aurait-elle pas, par hasard, dissocié en trois activités ou états, apparemment irréductibles l’un à l’autre, une pensée unique et, dès lors, vouée aux embûches découlant de sa dissociation? 1 Tout notre système de connaissance a été élaboré par la pensée vigile sur les seules lois de la pensée vigile. Quand les livres nous parlent d’une logique des rêves, ils désignent par là une logique assimilable par la pensée vigile: c’est la logique vigile explorant le rêve et s’efforçant d’y transporter son ordre propre.

Il n’existe pas, et l’on ne peut même pas concevoir ce que serait un système de connaissances entièrement élaborées en rêve par l’humanité entière prenant les lois de ses rêves pour logique, qui expliquerait et exploiterait, grâce à des techniques propres au rêve, tout l’ensemble de l’univers tel qu’il est perçu en rêve et en état vigile vu à travers l’état de rêve, exactement comme nous exploitons et expliquons toutes choses en prenant pour hypothèse que la réalité est ce que nous percevons à l’état de veille. Non seulement nous ne pouvoir concevoir un tel système, mais la logique vigile elle-même nous contraint à admettre que, s’il existait, nous n’en saurions jamais rien, puisque par définition notre réveil l’abolirait.

Si bien que l’on peut, si l’on veut, jouer impunément à croire que ce système existe, qu’il comporte une science et une technologie, que c’est lui qui répand sur notre destinée l’ombre impénétrable où nous nous débattons, et que, si notre vie ressemble tant à un énigmatique et angoissant labyrinthe où nous pousserait seconde après seconde le mouvement d’horlogerie que nous appelons le temps, c’est tout simplement que les ressorts du fatal mécanisme ne se laissent maîtriser qu’à travers la logique propre au rêve, cette logique qui, par définition, s’évanouirait sans laisser de trace au moment du réveil.

En savoir plus : https://voyante.ch/interpretation-des-reves/

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