Des haïkus Canadiens écrits par le poète Bernard Anton

Livre Célébrades de Bernard Anton

Bernard Anton Ph.D. est l’auteur inspiré de plus de 50 livres. Installé au Québec, il s’est fait publier auprès de plusieurs éditeurs sur le territoire américain et européen. Passionné par le slam et le haïku, ses Montagnes de cendres paraissent en 2020. Les éditions de l’Harmattan le mettent en avant, dans la section Les Impliqués Editeur. Fondateur du prix Mur de l’Espoir qui célèbre l’initiative poétique sur la pandémie mondiale. Comme de nombreux autres artistes de sa trempe, il s’est penché sur cette catastrophe, sous un œil créatif.

L’ouvrage se présente sous la forme d’un journal de bord composé de haïkus et de tankas, des poèmes japonais réputés pour leur brièveté. La préface signée Marie-Isabelle De Meyer est un éloge sincère de l’œuvre que le lecteur s’apprête à découvrir. Une sélection minutieuse de passages qui déterminent le recueil, où se mêlent activisme écologique, recherche de la vérité et rage de vaincre. Les Montagnes de cendres ont été écrites pendant la crise planétaire due à la Covid-19, entre débordements, confinements, déconfinements et mesures sanitaires. Le livre comprend des annotations qui permettent de saisir où en est l’auteur, au moment où il couche la poésie sur papier. De mars à mai 2020, le lecteur assiste à l’évolution de ses émotions et de ce monde qui s’écroule pour tous, sauf pour la nature sauvage et animale qui prévaut sur tout.

Au-delà d’un constat dramatique sur cette société débordée face à ce virus, l’écrivain appelle à une remise en question des acquis humains et pointe du doigt sa fragilité. La Terre se porte bien sans lui : le confinement a même entraîné d’effets positifs sur l’environnement, notamment grâce à l’arrêt total ou au ralentissement de ce système de surconsommation.

Ces technologies-machines qui captent la 5G sont une source de critique agressive, de la part de Bernard Anton, qui clame le même discours dans ses Célébrades, un recueil poétique célébrant l’éternelle Brigitte Bardot, publié en 2021, c’est-à-dire un an après ce journal atypique. Il écrira au sujet de ces antennes intrusives dans la vie intime des personnes qu’elles sont inquisitrices et incompatibles avec la nature sauvage : « attention souriez/on vous filme partout/un chien bougonne ».

Les montagnes de cendres ressemblent aux poèmes épiques : l’expression du poète capte la tragédie et la souffrance vécue par le personnel soignant : et par les familles des défunts. L’impuissance caractérise le début du recueil, qui rappelle que cette crise a aussi soulagé et épargné des vies : celles des « Justes », les animaux : « abrupt renversement/les tortionnaires s’effondrent/sans guerre ni bombe. » Ici, les bourreaux font référence aux humains qui s’épanouissent dans la surconsommation avide de produits animaux et participent à la destruction de la planète.

Cette mise en bouche annonce des Coronades, où le virus de la Covid-19 est présenté comme un être surnaturel et angoissant, qui venge la nature pour les sévices subits à cause de l’Homme : « ce virus-tyran prend plaisir/à supplicier/jusqu’au dénuement. »  En résulte une lecture inquiétante, digne d’un roman d’épouvante et pourtant, il s’agit bien là du regard authentique d’un poète sur une catastrophe qui le dépasse lui et toute son espèce.

Bernard Anton déplore l’adaptation à un nouveau mode de communication, c’est-à-dire la distanciation sociale : « mort sociale/vie passagère/pâquerettes du jardin », tout en trouvant une certaine beauté dans cette nature qui se reconstruit. Ultime preuve que la nature suffoque : « un puma en ville/du jamais vu/silence de la ville/du jamais vu/recouvrer son territoire. » Avec ces périodes de confinement et déconfinement, le moral du poète et ses inspirations changent : le lecteur perçoit d’abord un sentiment de désespoir et d’impuissance véritable à une lueur d’espoir timide dans la partie Du désert à la lumière. Survivant d’une catastrophe, l’écrivain se sent pousser des ailes, vitalisé par cette lumière, par ce feu qui a embrasé les peuples jusqu’à ce qu’ils se consument. Il cherche à « immuniser » son moral lors de cette coupure irréelle, où le temps s’arrête, mais pas la vie : « hôtels et restos fermés/temps de vache maigre/pissenlits à l’entrée ». Finalement, les seuls échanges qui persistent normalement sont ceux qui concernent les animaux, avec ce haïku pur : « un oiseau chante/l’autre plus loin répond/dialogue d’amoureux. » L’Homme et l’animal ne sont pas si différents, l’un de l’autre. Seulement, là où la société humaine souffre de débordements, les animaux s’épanouissent dans une nature qui n’a pas besoin de la main de l’Homme. Cet angle humaniste met en exergue les limites d’une société matérialiste et déracinée.

La postface est un slam violent, où l’auteur pousse l’engagement jusqu’à la théorie du complot. Il rapproche la connexion 5G et les technologies d’une volonté de surveiller, de la part de gouvernements déshumanisés et conceptuels. Dans cette section riche en ponctuation (de nombreux points d’exclamation), le lecteur assiste à un déferlement d’appels à la révolution, au rejet et même « boycott » de ces technologies qui n’auraient que des conséquences néfastes pour la nature : cette nature dont se coupe consciemment ou non l’Homme, encadré à la manière d’un mouton par des politiciens véreux et assoiffés de pouvoir.

Les montagnes de cendres de Bernard Anton constituent un ouvrage court, simple à lire, qui représente bien les inspirations de l’artiste engagé. Derrière un message accusateur, condamnant fermement les agissements des grandes entreprises et du monopole industriel/technologique, Anton suggère une nouvelle vision du monde où la symbiose entre animaux et genre humain est possible. Cette lecture invite à une remise en question constante de cet univers qui nous entoure, en nous rappelant la fragilité de nos semblables, car rien n’est acquis.

Le site de l’auteur : http://www.bernardanton.com/

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